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Itinéraire des sorciers, sorcières et autres êtres féériques

 

A partir des Baux de Provence, il faut suivre la D 27 jusqu’au Val d’Enfer, tourner à droite en épingle à cheveux sous le village On s’arrête alors dans le vallon de la Fontaine. A pied, en partant du fameux petit pavillon de la reine Jeanne, un charmant kiosque de jardin du XVIème siècle, on peut monter par le petit sentier sur le baou de Costapera jusqu’au Trou des Fées.

Eh oui, Le Val d’Enfer. La coumbo d’Infer, ce lieu mystérieux où s’ouvre au milieu des éboulis le Trau di fado, le Trou des Fées. C’est là que se cachent les mânes de ces magiciennes dont on ne sait jamais quel bien ou quel mal elles veulent au pauvre pèlerin que nous sommes. Alors soyez prudent. Avancez à pas comptés. Vous serez bientôt au bord du Trou des Fées et de la longue gorge étroite et raboteuse qui permet de se glisser dans la  grotte. Et là, à vous de voir. Si vous descendez, voilà ce qui vous attend.

On dit que c’est là l’entrée du royaume de Taven. En guise de gardiennes du seuil, une nuée de chauves souris volent dans la nuit pour aveugler les intrus. S’ils sont assez courageux pour continuer leur chemin, alors, ils parviennent à « la glissade de Mireille et Vincent » les deux héros de Mistral, qui s’en furent demander à Taven de guérir les blessures du jeune homme dont la poitrine avait été lacérée par un jaloux, Ourias, l’homme soumis à ses instincts animals.

L’intrus que vous étiez accède enfin au saint des saints en entrant de plain pied dans la légende. Devant vous une fourche et un choix draconien : à droite la caverne du Cauchemar qui mène au cul de sac de l’exorcisme. C’est là, dans le « Trou des sept chats » que Taven préparait ses philtres. A gauche le long corridor de quarante mètres qui vous conduira par la chambre de la Mandragore à la gorge des scarabées mais il vous faudra passer d’abord par la tombe de la sorcière : une impressionnante stalagmite surgissant de terre.

L’humidité tombe alors sur vos épaules et la peur noue votre ventre. Ne respirez plus car le moindre souffle s’enfle d’un écho redoutable. Mais écoutez. Ecoutez si vous entendez le bruit des sabots de la Chèvre d’Or qui retentissent parfois jusqu’à la cathédrale d’Images. « La Chèvre que nul mortel ne paît ni ne trait, qui sous le roc de Baus-manière lèche la mousse des rochers » Ecoutez bien car, si vous l’entendez, c’est que vous n’êtes plus loin du trésor qu’elle garde depuis que le chef maure Abd El Rhaman, septième walli d’Espagne, a caché là son fabuleux butin.

T’ame, que se disien tilabro :

“ Vole la Cabro d’or, la cabro

Que degun de mourtau ni la pais ni la mous,

Que sout lou ro de Baus-maniero,

Lipo la moufo roucassiero ”

O me perdriéu dins li peiriero,

O me veiriés tourna la cabro doù péu rous ! ”

Je t’aime au point que si tes lèvres disaient

“ Je veux la Chèvre d’Or, la chèvre

Que nul mortel ne paît ni ne trait,

Qui sous le roc de Baus-manière

Lèche la mousse des rochers, ”

Ou je me perdrais dans les carrières

Ou tu me verrais ramener la chèvre au poil roux ! ”

… “ Tant mai la plago dangeirouso

Tant mai la Masco es pouderouso

Zou dounc ! au Trau di Fado, à la coumbo d’Infer ;

Dins la gorgo estrechano e rudo

De la caforno sournarudo,

Li pourtaire pamens avien leissa Vincèn ”

 “ Plus la plaie est dangereuse,

Plus la sorcière est puissante ! ”

Allons ! Au Trou des Fées, dans le vallon d’Enfer…

Dans la gorge étroite et raboteuse

De la caverne sombre,

Les porteurs cependant avaient laissé Vincent se couler par glissade…

Frédéric Mistral Mirèio

Alors, vous saurez que vous êtes au cœur du mystère de la Provence de Mistral, et peut-être bien au cœur de vous-même, de vos peurs enfin surmontées et de vos rêves protégés par Taven qui connaît le secret des cœurs des gens d’ici et de ceux qui viennent nous visiter en été.

Vous n’êtes pas seuls car à chaque créature magique correspond sa parèdre. L’autel des Tremaïe n’est pas loin où trois femmes veillent sur vous. Parmi elle, d’aucuns y voient le général Marius flanqué de son épouse et de sa voyante (sibylle aurait-on dit à l’époque – une nommée Marthe, une Salyenne blonde comme les blés dont les prédictions avaient été déterminantes pour lui assurer le dessus sur les Cimbres et les Teutons lors de la bataille de Pourrières, cette fameuse bataille de la Sainte Victoire (102 av. J.-C.). Si l’on en croit Plutarque, elle assistait aux sacrifices « vêtue d’une grande mante pourpre qui s’attachait à sa gorge avec des agrafes, et elle portait à la main une pique enveloppée de bandelettes et de couronnes de fleurs. » Mais ces trois figures pourraient être d’une autre nature. Ce serait là une triade de Vierges-Mères ou Matres latines, Matronae celtiques, déesses de la fécondité généralement confondues en Gaule avec Cybèle, que les chrétiens assimilèrent sans peine aux Trois Marie, aux Trois Mères ; Marie Jacobée, Marie Salomé et leur brune servante Sara ou le couple Joachim et Anne au long voile encadrant leur fille la Vierge Marie, mère du Verbe Incarné. On peut encore reconnaître là une figure des Trois Parques, allégorie de la destinée impartie à chaque être humain dès avant sa venue au monde.

 

Après être venu à Marseille, on se rendra à l’église des Accoules dans le vieux quartier de Marseille derrière la Mairie, celui du Panier. Son ancien curé, celui du début du XVIIIè siècle s’entend ! beau et séduisant, s’entourait de jeunes femmes qu’il appelait ses « filles spirituelles ». il fréquenta plus qu’il n’eut fallu sans doute une de ses pénitentes, la jolie et languissante Marguerite de Demandolx, qui faisait une retraite au couvent des Ursulines. Des aveux  « spontanés » apprirent à la mère de Marguerite le commerce coupable de sa fille avec son confesseur, lequel avoua faire commerce avec le diable dont il se servait pour « souffler » les filles, c’est à dire leur insuffler des pensées sataniques afin qu’elle aient plus de désir de lui !

C’est là que les villes d’Aix et de Marseille sont le théâtre de bien étranges nuits. Envoyée aux Ursulines d’Aix, Madeleine a des visions bien plus terrifiantes. Impossible de l’exorciser ; le diable la tient et la tient bien. Même un voyage à la sainte Baume n’y fait rien. Elle prétendait que chaque nuit les sorcières venaient la frotter et l’enduire tout comme l’avait fait ce bon abbé qui avait décidément des idées originales la nuit dans les collines de Marseilleveyre où il « l’avait baptisée du baptême des sorciers, marquée aux reins, au cœur, sur la tête, et lui avait fait signer une cédule de son sang. »

On enferma l’abbé Gaufridy au fond de la grotte de Marie Madeleine derrière le maître autel au lieu dit « pénitence » recoin fermé par une porte de fer. Gardé nuit et jour, il était tant et si bien accompagné de ses diaboliques acolytes que des cris retentissaient dans la nuit et la forêt alentour. On l’enferma dans le palais du comte de Provence à Aix. Rien n’y fit non plus. Un chat huant hurlait avec les chiens la nuit !

L’abbé rédigea une confession précise où il cita les lieux où il avait participé aux « synagogues des sorciers » : à savoir « deux fois à la Baume Roland qui se trouve à deux lieues de Marseille, deux à trois fois à la Baume Loubière qui est près de château Gombert près d’Eygalades, laquelle baume est vaste et plus longues que cette ville d’Aix, et une seul fois à la Sainte Baume. »

Voilà trois lieux « divins » pour passer la nuit, qu’en pensez-vous ? Tant que vous y êtes, allez donc faire un tour au sommet de Sainte-Victoire, près de la Croix de Provence. Là se trouve un des gouffres les plus impressionnants du massif ; le Garagaï. « C’est une espèce de grande chaudière de cent toises de diamètres environ, escarpée dans tout son contour à la profondeur de plus de 360 pieds et offrant dans son fond une très belle prairie naturelle où les bergers des environs sont dans l’usage de descendre avec des cordes leurs chèvres ou leurs brebis malades qui guérissent ordinairement après avoir brouté pendant quelques semaines l’herbe abondante. »[1] On dit que la fameuse sibylle de Marius - que nous avons déjà rencontrée sur notre chemin - y fit jeter les chefs teutons avec 300 prisonniers.

Ne quittez pas le massif sans ramasser les plantes magiques qui vous permettront de soigner vos maux et de préparer les philtres qui vous permettront de retenir le cœur de celui (ou celle) qui vous est cher[2].

En redescendant on s’arrêtera au charmant village de Rousset, lieu d’une non moins charmante légende. Un chevalier de Rousset répondant au doux nom de Raymond rencontra sur les bords de l’Arc une jeune fille si belle qu’il lui demanda de l’épouser. Elle lui donna son accord à la seule condition qu’il ne chercherait jamais à la voir se baigner. Il y consentit en souriant. Ils se marièrent, furent heureux et eurent beaucoup d’enfants jusqu’à un beau matin où l’étourdi amoureux entra dans la chambre de sa femme alors qu’elle faisait sa toilette. Il n’eut que le temps de se pousser pour voir sortir de la chambre un immense serpent qui disparut par la fenêtre. Cette jeune et belle épouse n’était autre que la fameuse fée Mélusine . On dit que son fantôme hanta les abords des fenêtres de ses enfants.

A  16 kms au nord ouest d’Aix par la RN 7, Saint Cannat, aujourd’hui plus connu pour son village des automates, tire son nom d’un ermite qu’on avait baptisé Cannat parce qu’il était né avec des cheveux blancs (cannus natus). Le lieu était très prisé des marseillais pour immoler taureau ou génisse aux divinités tutélaires des Celto-Lygiens. Mais elle fut la résidence jusqu’au milieu du vingtième siècle d’une sorcière fort connue pour sa façon de conjurer le sort ; « elle marquait le linge de ses clients d’une croix de suif et vendait aux familles des soldats des enveloppes talismaniques qu’il ne fallait à aucun prix décacheter sous peine de courir un péril de mort » nous rapporte Jean Paul Clébert.

Cassis n’est pas en reste. En 1614 trois sorcières qui vivaient dans une grotte u massif furent étranglées, pendues et brûlées. Connues sous le nom de « sorcière de Cassis », elles ont donné le nom de Garou au massif. Mythique autant que la bête de Gevaudan, un ou plusieurs loups aurait pu ravager la région … beaucoup plus que les dénommées sorcières.

Voilà quelques lieux que je vous invite à visiter la nuit surtout si vous souhaitez connaître cette étrange sensation qui consiste à être enmasqué , c’est à dire ensorcelé. Ecoutez le gémissement des Oulurgues les revenants que véhicule le souffle du Mistral.

Et quand vous serez bien mal, retournez donc aux Baux, la magicienne vous recevra mais je ne suis pas sûre que ce soit de gaieté de cœur ! Ne vous inquiétez pas, un proverbe assure ici que:

« ce qui vient du diable s’en va par le follet ».

Et pour conjurer les masques n’oubliez jamais de suivre la coutume du paysan provençal. Quand il salue l’homme, il salue l’ange gardien qui l’accompagne. C’est le sens de la salutation suivante que vous allez retenir sans peine !

« Bounjour, Moussu, e a la coumpagno ! »

 

Laurence E. Fritsch

 

 


[1] Extrait du « Guide pittoresque du voyageur en France » 1838

[2] Voir itinéraire des plantes magiques et pur les préparations deux ouvrages : Gilbert Fabiani « Les plantes de santé », éditions Equinoxe et Maurice Chevaly, « La médecine populaire » éditions Autres Temps